Pourquoi avoir voulu écrire ce livre ?
J'ai toujours aimé écrire donc j'ai toujours su que je voudrais écrire un livre et particulièrement sur ma carrière. En septembre 2024, mon éditrice m'a contactée et elle m'a proposée d'écrire mon histoire. Au début, je n'étais pas sûre d'être prête. Et puis finalement je me suis dit que c'était une super opportunité et qu'il ne fallait pas que je dise non. J'ai pris ça comme un signe.
A 30 ans, ce n'est pas trop tôt pour écrire son autobiographie ?
Je n'ai pas écrit mon histoire de vie toute entière, j'ai simplement écrit l'histoire de ma carrière. Une carrière pleine, et maintenant je suis en train de passer à un deuxième chapitre de ma vie, donc ça me semblait être le bon moment aussi. Mais évidemment, je me demandais si j'avais vraiment tout le recul nécessaire pour le faire. Finalement, non seulement je trouve que je l'ai eu et je crois que j'avais vraiment besoin de l'écrire pour véritablement passer au deuxième chapitre.
Ce livre a aussi servi de thérapie ? A mettre des mots sur ce que vous avez vécu ?
Absolument. J'avais déjà fait tout un travail thérapeutique avec un psychologue depuis plusieurs années, mais en effet l'écrire, ça a été comme la dernière couche qui m'a vraiment libérée de tout ça. Et d'ailleurs, une fois que j'ai rendu mon manuscrit, j'avais l'impression de m'être libérée d'un poids qui pesait sur mes épaules. Ca a été très libérateur.
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Pour écrire une autobiographie, il faut être authentique. Est-ce que ça a été difficile de vous livrer complètement, et peut-être de choisir ce que vous vouliez dire et ce que vous vouliez garder pour vous ?
C'est ça qui m'a fait peur et qui m'a fait hésiter à écrire mon livre au début. Je me suis dit "est-ce que je suis vraiment prête à tout raconter ?" et en même temps, si je ne le faisais pas, je trouvais que le livre n'avait pas de sens. Ça a été évidemment compliqué, mais en même temps, je sais pourquoi je le fais aussi. Je crois que toutes les expériences qui ont été difficiles à raconter, ce sont aussi des expériences qui sont communes à beaucoup de personnes.
J'avais justement envie de libérer le tabou et d'ouvrir des paroles de discussion. Je me suis dit que ce serait en racontant vraiment mon histoire et en étant honnête et transparente que ça pourrait servir.
Est-ce qu'il y a aussi l'envie d'informer les futures générations, et notamment les jeunes filles, de ce qui peut leur arriver dans le monde du patinage, par votre expérience de championne olympique ?
Oui, bien sûr. C'était l'une de mes envies. Dans tout mon parcours et quand j'ai vécu des choses très difficiles, je me suis sentie très seule. C'était des choses dont personne ne parlait et il y avait un peu cette pression de ne pas en parler, de le cacher, de faire toujours semblant que tout va bien. Malheureusement, cette solitude-là a fait que j'ai mis très longtemps à aller demander de l'aide et à dire non à certaines situations et à me protéger. Je croyais que je ne le méritais pas.
C'est vraiment pour ça que j'ai écrit mon livre. Pour raconter toute la passion qui m'a amenée à traverser ces épreuves-là et toujours en ressortir vivante et gagnante. De ne jamais me laisser abattre. Et en même temps, toutes les situations difficiles. J'aimerais que les adultes protègent plus les jeunes et que les jeunes, si ils lisent mon histoire, reconnaissent ces situations-là plus rapidement que moi.
Le patinage artistique est un milieu très codifié, avec les maquillages, les costumes, le rôle de chacun sur la glace. Vous avez déjà brisé ces codes, en dansant par exemple avec une femme, l'Américaine Madison Hubbell. Est-ce que votre ambition, c'est aussi de redéfinir les codes de votre discipline ?
C'est vrai que dans le patinage, il y a peu de liberté. Et il y a tout un tas de règles tacites qu'on doit suivre et ne pas suivre. Je crois que c'est un frein au bon développement humain et authentique d'une personne et je trouve que c'est dommage aussi pour la discipline. On manque de diversité et j'ai envie de voir personnellement des choses différentes, où toutes les personnalités, les corps, les genres puissent s'épanouir. C'est quelque chose qui m'importe. Mon livre, d'avoir patiné avec une femme, ce sont des gestes qui, pour moi, amènent une petite pierre à ce chemin d'ouverture et d'évolution.
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La première vague de réactions qu'il y a eu à la sortie de ce livre, c'est votre témoignage sur votre relation avec votre ancien partenaire sur la glace, Guillaume Cizeron. Est-ce que vous l'aviez anticipé en écrivant et est-ce que vous avez hésité à l'écrire ?
Je pense que c'est la raison pour laquelle j'avais peur d'écrire au début, et pour laquelle j'ai hésité plusieurs mois après que la proposition de ce livre m'ait été faite. Je m'attendais un peu à ce retentissement potentiellement négatif et difficile.
Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est que des extraits du livre ont été partagés à mon ancien partenaire avant que le livre ne paraisse. Donc avant que moi-même je présente mon livre, que les gens aient pu lire mon livre, il était présenté comme un règlement de compte, avec des phrases qui étaient sorties de leur contexte.
C'était un peu difficile parce que c'est comme si, avant même que je parle de mon livre, on avait déjà pris la parole à ma place pour la détourner et pour me silencier.
Ca c'est vrai que je ne m'y attendais pas nécessairement. Donc ça a été assez difficile à vivre au début mais petit à petit, je crois que les gens comprennent que le livre est autre chose et qu'il n'est pas un règlement de compte et qu'il parle de mon histoire.
Je n'avais pas du tout envie de faire un livre à charge. Je ne parle que de mon expérience, de ma perception des choses. C'est la mienne.
La patinoire de Clermont-Ferrand s'appelle depuis quelques années la patinoire Papadakis-Cizeron. Est-ce que ça a un goût amer désormais ou ça représente finalement bien vos succès à deux sur la glace ?
Bien sûr, ça correspond évidemment à mon histoire. Ce n'est pas une histoire que je rejette du tout. J'ai écrit mon livre aussi pour m'émanciper de cette histoire-là et vivre autre chose. C'est une histoire qui ne fera pas partie de mon futur, mais elle a fait partie de mon passé et je l'honore aussi. Je l'accepte totalement et je n'ai aucun regret, absolument pas.
Et avec ce livre, votre nom n'est plus associé à personne d'autre, vous le signez seule. Ca fait du bien ?
Avant, c'était comme ça parce qu'on faisait ça à deux. Et puis c'était très bien comme ça. Même s'il y a des choses très positives qui viennent de là, c'est aussi un peu difficile de se construire en tant qu'humain quand on est constamment rattaché à quelqu'un d'autre. Ça, je pense que c'est le cas pour tout le monde. De pouvoir enfin faire des projets qui sont seulement à mon nom et d'exister seulement à mon nom et de ne représenter que moi, c'est une forme de liberté. J'avais besoin de ça à 30 ans, c'est quelque chose que j'apprécie. Sans rejeter le passé.
Est-ce que dans un coin de votre tête, vous avez envie de revenir pour les Jeux Olympiques 2030 en France, dans les Alpes ?
Je ne sais pas, j'avoue que des fois j'y pense. Mais je crois que je suis heureuse aussi dans ma vie maintenant et j'ai envie de me concentrer sur d'autres choses. La porte n'est pas fermée à double tour. Ce n'est pas impossible mais je ne pourrais pas m'avancer. Mais la porte n'est pas fermée à double tour.










