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50 ans après ASSE-Kiev (3-0) : "mon plus grand souvenir à Geoffroy-Guichard !"

Mardi 17 Mars - 12:20

Football


Jean-Michel Larqué inscrit le deuxième but des Verts face au Dynamo Kiev, le 17 mars 1976 (3-0) - © Archives - INA
C'était il y a 50 ans, jour pour jour : le 17 mars 1976, en quart de finale retour de Coupe d'Europe, les Verts renversaient le grand Dynamo Kiev dans un stade Geoffroy-Guichard plein à craquer pour écrire l'une des plus belles pages de l'histoire de l'AS Saint-Étienne et du football français (3-0). Un souvenir impérissable pour Philippe Gastal, l'historien de l'ASSE et conservateur du musée des Verts.


La naissance d'une épopée !

Il y a 50 ans, jour pour jour, l'AS Saint-Étienne faisait chavirer le coeur de millions de Français. Surtout, ce 17 mars 1976,  un peu moins de deux moins avant la finale perdue à Glasgow face au Bayern Munich (0-1), les Verts écrivaient l'une des plus belles pages de leur histoire.

Dans un Chaudron plein à craquer, l'aventure stéphanoise a soudainement décollé en quarts de finale retour de la Coupe d'Europe des clubs champions face au Dynamo Kiev, l'une des meilleures équipes du monde à l'époque.

Battus 2-0 à l'aller, deux semaines plus tôt, en Crimée, les hommes de Robert Herbin finissent par renverser le bloc soviétique à l'issue d'une soirée inoubliable.

Le contexte, l'ambiance, le sauvetage de Christian Lopez, le coup-franc de Jean-Michel Larqué, la délivrance de Dominique Rocheteau : Philippe Gastal, historien de l'ASSE et conservateur du musée des Verts, ouvre la boîte à souvenirs !

"On ne parlerait pas d'épopée s'il n'y avait pas eu cette minute"


Radio SCOOP : Dans quel contexte l'ASSE affronte le Dynamo Kiev, ce 17 mars 1976 ?

Philippe Gastal : Après un match à aller compliqué à Simferopol en Crimée, l'ASSE est toujours en vie. Il y avait toujours un espoir. Un an et demi plus tôt, il y a eu un match fondateur face à Split (5-1 a.p. le 6 novembre 1974, après une défaite 4-1 à l'aller) où l'ASSE avait renversé la situation. Plus les jours passaient entre les deux matchs, et, que ce soit les joueurs, Robert Herbin (l'entraîneur), Pierre Garonnaire (le recruteur historique de l'ASSE), Roger Rocher (le président) et le public, tout le monde disait : "tout est encore possible à Geoffroy-Guichard". C'est dans ce contexte que les deux équipes sont rentrées sur le terrain dans un stade chaud, bouillant, incandescent, ce 17 mars 1976, à 20h30.

Quelle image gardez-vous de cette atmosphère dans le Chaudron ?

Déjà les tribunes populaires, remplies d'ouvriers, de mineurs. Le contexte de Saint-Étienne à l'époque, avec des supporters également qui venaient de toute la France. Dès 17h, les populaires étaient pleines. Je m'en rappelle, je suis descendu de la voiture avec mon père, on sentait ce parfum de coupe d'Europe et on se disait "il va se passer quelque chose". On entendait "Allez les Verts" sur l'air d'Ave Maria. Et même 50 ans après, on a toujours la chair de poule d'entendre ça. Les joueurs étaient concentrés comme jamais. Ils ont fait une première mi-temps extraordinaire. Il fallait pousser et dérégler cette machine soviétique. Les Verts n'ont pas réussi à le faire en première mi-temps malgré une domination de tous les instants.


Et puis il y a eu cette minute entrée dans la légende...

On ne parlerait pas d'épopée et de légende s'il n'y avait pas eu cette minute. Ce sauvetage de Christian Lopez sur Oleg Blokhine, qui était à l'époque le meilleur joueur d'Europe, voire du monde, sacré Ballon d'Or, et face au Dynamo Kiev, la meilleure équipe du monde puisque ils avaient gagné la Supercoupe d'Europe face au Bayern. Christian sauve la balle, il dégage par chance sur Oswaldo Piazza qui enchaîne avec Patrick Revelli, son frère Hervé. Et le but ! Ça pouvait faire 1-0 pour les Soviétiques, ça fait 1-0 pour l'ASSE.


"Tout le monde se reconnaissait dans cette équipe"


Le match bascule ensuite dans l'irrationnel, avec le coup-franc de Jean-Michel Larqué, la prolongation et le troisième but de Dominique Rocheteau...

C'est le seul match pratiquement où j'ai vu des spectateurs sur les toits des populaires. Tout était plein de partout. Il y avait plus de 45.000 personnes ce soir-là. C'était une ambiance comme on en vit très peu dans sa vie. Quand Dominique Rocheteau a marqué le 3e but, on s'embrassait avec des voisins, on ne se connaissait pas. Je me rappelle que les femmes des joueurs n'étaient pas loin. C'est pour ça que Patrick Revelli saute comme un cabri face à la latérale Henri-Point où nous étions situés avec mon père, parce que il y a son épouse juste à côté. Dans ce match, il y avait toute la volonté stéphanoise. Toute cette générosité, cette solidarité que l'on pouvait rencontrer au fond des puits avec tous ces mineurs. C'était Saint-Étienne.


Et c'est ce match qui fait donc basculer l'ASSE dans une autre dimension ?

Il y a tout dans ce match qui fait que c'est un match qui est rentré dans la légende du football stéphanois. Mais, au-delà, dans la légende du sport français. Tout le monde se rappelle de ce match contre Kiev qui a été un match fondateur. Après évidemment celui de Split, qui avait permis de décomplexer le football français. Mais véritablement, le match contre Kiev a fait entrer le club dans une autre dimension. Saint-Étienne est devenue la capitale de la France. L'ASSE était pratiquement l'équipe de France et tout le monde se reconnaissait dans cette équipe avec cette générosité, cette envie de tout renverser. On savait qu'à Saint-Étienne, les Stéphanois pouvaient pouvaient rendre l'impossible possible. Et à partir du match de Kiev, on pouvait parler d'épopée. D'autant plus qu'ils ont accédé ensuite à la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions. Mais on peut dire qu'il y a eu un avant et après Kiev dans l'histoire du football stéphanois, mais au-delà du football français.


C'est votre plus beau souvenir à Geoffroy-Guichard ?

Oui ! 50 ans après, c'est mon plus grand souvenir au stade Geoffroy Guichard, par la dramaturgie, par tout ce qui s'est passé et parce qu'encore une fois, ce match résumait l'AS Saint-Étienne et la ville de Saint-Étienne. Pour ceux qui y étaient, tout le monde s'en rappelle encore. À la sortie du match, on savait qu'on avait vécu quelque chose d'incroyable, d'extraordinaire, et on pouvait dire "j'y étais". 

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