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My Presqu'île : "La solidarité nous permettra de reconstruire le centre-ville"

Mercredi 21 Octobre - 16:54

Interview


Une cagnotte solidaire pour les commerces de la Presqu'île de Lyon - © Radio SCOOP
Lancée dimanche soir par l'association My Presqu'Ile, à la suite des dégradations des commerces dans le centre-ville de Lyon le 17 octobre, la cagnotte solidaire atteint déjà les 9.000 euros. Un élan de solidarité fort pour soutenir les commerçants, raconte Johanna Benedetti, présidente de l'association.


My Presqu'île, une association regroupant près de 500 adhérents dans le premier et le deuxième arrondissement de Lyon, a lancé une cagnotte solidaire, dimanche soir, après les dégradations du 17 octobre. Elle dépasse aujourd'hui 9.000 euros.

Johanna Benedetti, la présidente l'association, revient sur cet élan de solidarité et sur les suites de ce samedi noir.

Soutenir et accompagner



Radio SCOOP : On a vu les pillages dans les grandes enseignes, mais les petits commerçants ont aussi subi de la casse. Pourquoi une cagnotte était-elle importante ?

Johanna Benedetti : "Aujourd'hui, sur l'ensemble du territoire, peut-être contrairement aux années précédentes, de nombreux commerçants indépendants ont été impactés par le chaos dans la nuit de samedi à dimanche. C'est tout un centre-ville qui est sinistré.

On s'est dit qu'on ne pouvait pas attendre de savoir quelles aides allaient être mises en place pour agir. Je pense à tous ces commerçants qui ont vu leur vitrine complètement détruite, qui ont été entièrement vidés en termes de stocks, c'est eux qu'il va falloir soutenir et accompagner. Bien souvent, ils ne sont pas armés non plus au niveau de leur contrat d'assurance contre la perte d'exploitation, et c'est là l'enjeu.

On est sur un bilan à 200 commerces touchés en presqu'île, dont une centaine entièrement pillée et ravagée." 

Et les assurances ?

"Bien souvent, les indépendants, malheureusement, n'ont pas les moyens d'avoir une assurance suffisamment protectrice pour les couvrir dans ce genre de situation. On a des commerçants qui sont peut-être en phase de perdre leur contrat d'assurance alors que c'est obligatoire, parce que les sinistres et les dommages se sont cumulés au fur et à mesure des années.

Et on se retrouve dans une position où on fait des constats d'assurance, on est là à payer des franchises, qui sont parfois exorbitantes, alors que nous sommes victimes ! Ce matin, j'avais un commerçant au téléphone qui me disait "j'ai fait faire un devis, on m'annonce 15.000 euros, ma franchise est de 5 000 euros". Cela veut dire qu'il va devoir débourser 5.000 euros pour que son assurance prenne en charge 15.000.

Est-ce que c'est légitime qu'un commerçant qui est fermé, qui aujourd'hui n'a plus de rentrée d'argent, qui avait déjà une trésorerie affaiblie, qu'il doive débourser 5.000 euros pour pouvoir réparer sa vitrine ? Il faut aussi que les responsables portent leurs responsabilités".

Comment l'argent de cette cagnotte sera réparti ? 

"On est sur un temps long. Aujourd'hui, notre mission principale, c'est d'accompagner les commerçants sinistrés dans les démarches administratives, essayer de se dépatouiller avec l'ensemble des annonces pour centraliser les aides, les expliquer et faire remonter les bonnes informations. 

Tout ce parcours va permettre d'abord d'identifier les commerçants qui sont dans des situations plus dramatiques.

On va aussi mettre en place un atelier de préparation à la déclaration de sinistres avec des experts qui vont venir conseiller au mieux nos adhérents. Et puis, collectivement, avec les acteurs du territoire, on décidera et statuera sur la façon dont on utilise cette cagnotte, toujours avec l'idée d'être dans l'intérêt général." 

"Le coup de trop"


Il y a des commerçants qui vous disent qu'ils pourraient difficilement, voire pas du tout, se relever suite à samedi dernier ?

"Oui, très clairement, et pour la simple et bonne raison que ces événements interviennent très proches des fêtes de fin d'année. Pour cette période, les commerces se préparent très longtemps à l'avance. Quand vous êtes commerçants, vos commandes, vos achats, vous les effectuez parfois jusqu'à six mois à l'avance.

Un commerçant, s'il n'a pas de marchandises, ne pourra pas rouvrir, et il n'aura plus les moyens d'assurer le paiement de son loyer, de ses charges courantes, des salaires de ses salariés. 

Les grandes enseignes ont une capacité à rebondir, une capacité d'avance de frais à la reconstruction et à la remise en état. Elle est beaucoup plus importante qu'un commerçant indépendant qui a, souvent, une trésorerie fragile depuis plusieurs mois, voire années.

Tout le monde est un peu sur la réserve pour samedi prochain. C'est toute cette incertitude qui pèse sur les épaules des commerçants. C'est tout simplement terrible pour l'ensemble d'une profession et nous sommes les victimes de cette situation."

Au-delà de l'aspect financier, comment le 17 octobre a-t-il impacté les commerçants ?

"Je pense qu'individuellement et collectivement, il y a un réel traumatisme, qu'il faudra aussi réparer.

Aujourd'hui, on a beaucoup de commerçants qui disent que c'est le coup de trop, tout simplement. Il y a la dimension psychologique.

On a envie de montrer aux commerçants qui sont en train de baisser les bras et leur dire qu'on est là à leurs côtés et qu'on va essayer de faire notre maximum pour qu'ils puissent continuer." 

Et la suite ? Vers un "Acte 2" le 23 octobre



Samedi prochain, un "Acte II" a été annoncé. Quel regard avez-vous là-dessus ?

"Cette semaine, elle est très difficile. Elle est très dure pour l'ensemble des commerçants, impactés ou non. On est plein d'appréhensions.

Le week-end dernier est un événement qui restera gravé dans nos mémoires de commerçants, mais aussi des riverains qui l'ont vécu en regardant au travers de leurs fenêtres. 

Et donc, bien sûr, il y a de la crainte et de l'appréhension. C'est très difficile de se dire qu'on va reconstruire alors qu'on ne sait pas si la semaine prochaine, ça va recommencer."

La cagnotte atteint 9.000 euros. En tant que commerçante et présidente de l'association, qu'est-ce que cela représente pour vous ? 

"Les élans de solidarité qu'on a reçus, les mails, les remerciements ou encore les bénévoles qui se sont proposés spontanément pour venir aider, ce sont des messages et des gestes qui ont énormément touché les commerçants. 

C'est la solidarité nous permettra de reconstruire le centre-ville, de reconstruire l'image de notre centre-ville et de rebâtir son attractivité dans les semaines et mois à venir."

►Société

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