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LE PRÉSIDENT TURC APPELLE AU BOYCOTT DES PRODUITS FRANÇAIS

Lundi 26 Octobre - 17:14

France


Recep Tayyip Erdogan - © Wikipedia
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a appelé ce lundi au boycott des produits français, prenant la tête de la colère grandissante dans le monde musulman contre Emmanuel Macron après que ce dernier eut défendu la liberté de caricaturer le prophète Mahomet.


"Je m'adresse d'ici à ma nation : surtout ne prêtez pas attention aux marques françaises, ne les achetez pas", a déclaré le président turc lors d'un discours virulent à Ankara.

L'escalade actuelle des tensions entre la Turquie et la France, dont les relations s'étaient déjà dégradées en raison de désaccords liés à la Syrie, la Libye et la Méditerranée orientale, s'est traduite par le rappel de l'ambassadeur français à Ankara samedi pour consultations.

La dernière crise a éclaté lorsqu'Emmanuel Macron a promis que la France continuerait de défendre ce genre de caricatures, lors d'un hommage national à Samuel Paty, un professeur décapité dans un attentat islamiste le 16 octobre pour avoir montré de telles représentations en classe.

Recep Tayyip Erdogan, qui a mis en cause la "santé mentale" d'Emmanuel Macron, a accusé lundi le chef d'Etat français de "diriger une campagne de haine" contre les musulmans, comparant le traitement de ces derniers en Europe à celui des Juifs avant la Deuxième Guerre mondiale.

Accusée par Paris de rester silencieuse sur le meurtre de l'enseignant français, la présidence turque a fini toutefois lundi par dénoncer un "assassinat monstrueux" qui "ne peut aucunement être justifié".

Le soutien de l'Europe


Face au barrage de critiques turques, le président français a enregistré une série de soutiens en Europe.

Les déclarations de M. Erdogan sont "diffamatoires" et "absolument pas acceptables", a ainsi déclaré le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel.

"Les Pays-Bas défendent résolument aux côtés de la France les valeurs communes de l'UE. Pour la liberté d'expression et contre l'extrémisme et le radicalisme", a tweeté le Premier ministre néerlandais Mark Rutte. Son homologue italien Giuseppe Conte a également apporté son soutien à M. Macron.

Dimanche, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis avaient également manifesté leur soutien au président français.

"Ligne rouge"


Mais dans le monde musulman, où toute représentation du prophète Mahomet est taboue, les déclarations du président français ont suscité des manifestations de colère.

A Gaza, quelques dizaines de manifestants anti-Macron se sont réunis pour le deuxième jour consécutif, collant une photo du chef d'Etat français barrée d'une croix rouge sur la façade de l'Institut français.

Ce week-end, plusieurs rassemblements ont eu lieu, en Tunisie ou dans certaines régions de Syrie, même s'ils n'ont réuni que quelques dizaines de personnes.

Les appels au boycott se sont aussi multipliés : dès samedi soir, des produits français ont été retirés des rayons de supermarchés à Doha, au Qatar.

En Jordanie, des vidéos sur les réseaux sociaux montraient des rayons de supermarchés vidés de leurs produits français, ou remplacés par ceux d'autres pays. Les vidéos étaient accompagnées de hashtags #France Boycott ou "#Our Prophet is a red line" (Le prophète est notre ligne rouge).

Les entreprises de l'agroalimentaire, du luxe et des cosmétiques pourraient être particulièrement touchées par ce boycott dans les pays du Maghreb et du Proche et du Moyen-Orient.

Sites piratés


Plusieurs dizaines de petits sites internet français ont par ailleurs été touchés par une vague de piratages informatiques consistant à leur faire afficher des messages de propagande islamiste.

Des messages tels que "Victoire pour Mohammed, victoire pour l'Islam et Mort à la France" et un montage représentant Emmanuel Macron grimé en cochon étaient affichés à la place de la page d'accueil de sites d'associations de retraités, de commerces ou de petites mairies.

Lundi, la ministre française de la Culture Roselyne Bachelot a appelé à "l'apaisement", expliquant que la France ne luttait pas "contre les musulmans français", mais contre "l'islamisme et le terrorisme".

La veille, le ministère des Affaires étrangères français avait déclaré que "les appels au boycott sont sans aucun objet et doivent cesser immédiatement, de même que toutes les attaques dirigées contre notre pays, instrumentalisées par une minorité radicale".

Emmanuel Macron avait tweeté peu après: "La liberté, nous la chérissons; l'égalité, nous la garantissons; la fraternité, nous la vivons avec intensité. Rien ne nous fera reculer, jamais".